Les cours inversés

En mars et avril 2017, ItinérENS a expérimenté une nouvelle activité : les cours inversés ! Le principe est simple : chaque semaine, on cherche des volontaires, de préférence un binôme pour reproduire le fonctionnement des cours de français, pour animer deux heures d’initiation à leur langue maternelle ou à une des langues qu’ils maîtrisent. Ouvert à tous et à toutes ! Les élèves de d’habitude se retrouvent au tableau, feutre à la main, et les profs de d’habitude, sur les chaises. On inverse les rôles !

Nous avons donc pu assister à des cours d’initiation : en arabe soudanais (Soudan), en tigrinya (Erythrée), en edo (Nigéria), et en pashto et en dari (Afghanistan). Les volontaires ont présenté leur système d’écriture, la situation linguistique de leur pays (combien de langues différentes, quelles connotations sociales et ethniques pour chaque langue, différents registres de langues, langues officielles et officieuses, etc.), et quelques mots et phrases simples.

Souvent, ces cours étaient aussi l’occasion de discussions libres autour de la culture, de la politique, des habitudes du pays. Par exemple, le cours d’edo a été l’occasion de réfléchir ensemble à l’héritage de la colonisation par l’emploi courant de la langue anglaise au Nigéria, de la situation politique actuelle compliquée au Nigéria, et de l’absence d’opportunités de scolarisation pour de nombreux enfants, et notamment les filles. On a appris qu’à une centaine de kilomètres près, les dialectes étaient tellement différents que les gens ne se comprenaient plus : c’est notamment le cas dans l’Ouest, avec l’edo et le yuruba (bonjour se dit « obue » en edo, « akaro » en yuruba).

La plus grande surprise : l’alphabet en tigrinya, il faut s’accrocher.

La plus grande difficulté : certains sons gutturaux du tigrinya ou de l’arabe, vraiment compliqués à prononcer.

Le plus gros fou rire : lorsqu’on pensait que le mot voulait dire « brosse à dents » et qu’il voulait dire « oiseau », suite à des mimes mal interprétés ; et aussi le jeu de rôles improvisé en pigin english par les deux volontaires nigérians.

Pourquoi faire ces cours inversés ?

On ne prend pas deux heures de cours d’initiation pour apprendre à parler couramment une langue, ni savoir se débrouiller dans cette langue. L’idée était davantage de pouvoir inverser les rôles le temps d’un cours, que nous aussi, on comprenne ce que ça veut dire de débarquer dans une salle sans rien comprendre de ce qui se passe ni de ce qui est marqué au tableau. De proposer aussi aux élèves de se mettre dans le rôle de professeur, nous expliquer quelque chose de leur langue et de leur pays d’origine ou de transit, et dont on sait souvent peu de choses. Et souvent, c’était des bons moments de rigolade où on se retrouvait ensemble en dehors des cours de français, où on garde quand même souvent le rapport hiérarchique prof/élève.

Cela part aussi du constat des cours de FLE comme lieux intenses d’échanges linguistiques (les élèves parlent énormément de langues, souvent trois ou quatre, parfois plus ; et aussi parce que dans les classes où cohabitent plusieurs nationalités, certains moments de discussion et d’explication ou traduction sont souvent assez comiques). Il ne s’agit pas de ressortir en ayant tout compris et en maîtrisant tout ce qu’on vient de voir : mais de ressortir en ayant appris un peu plus sur la manière dont cette langue marche et s’écrit, et de pouvoir saluer les élèves, ensuite, dans leur langue. Connaître et dire quelques mots dans la langue de l’apprenant est le signe d’un effort vers l’autre, et instaure une rapport moins unilatéral, une bonne ambiance, en somme, et l’occasion de bien rigoler.

A réfléchir pour la suite : pourquoi ne pas continuer ces cours d’initiation, et y ajouter des cours plus réguliers et sur le long terme, pour vraiment progresser, si certains sont motivés pour apprendre la langue ? C’est le cas avec l’arabe cette année : on est quelques-unes à organiser un temps de rencontre chaque semaine avec des élèves soudanais – devenus amis – pour améliorer notre arabe. On avance doucement, mais sûrement. En attendant, on a découvert du rap soudanais, et une chanson très connue au Soudan contre la dictature (on vous met le lien !) et c’est très chouette !

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